Deezer vend sa recette pour punir la musique de l’IA

Contexte

Seriez-vous capable de faire la différence entre une chanson d’un véritable artiste et une pièce composée par l’intelligence artificielle? En vérité, 97 % des gens en sont incapables selon une enquête du géant français de la musique Deezer qui prend les grands moyens pour s’attaquer à cette fraude du droit d’auteur.

Il faut dire que le nombre de chansons créées par l’intelligence artificielle a carrément explosé chez Deezer depuis 2025. Environ 10 % du nouveau catalogue musical était composé de morceaux composés par l’IA. « Un an plus tard, ce sont plus de 60 000 titres IA qui sont mis en ligne chaque jour, soit environ 39 % des nouveaux titres téléversés », indique le PDG de Deezer Alexis Lanternier.

Les fraudeurs n’utilisent pas seulement l’IA pour produire du contenu. Ils trompent ensuite les algorithmes pour générer de fausses écoutes afin de monétiser leur produit bon marché. Environ 85 % des écoutes générées par ces pièces seraient d’ailleurs frauduleuses selon le dirigeant de Deezer. La monétisation de cette musique produite par ordinateur permet à ces « faux artistes » de générer des droits d’auteurs. C’est pourquoi la compagnie de l’Hexagone a développé un système interne depuis un an pour s’attaquer au phénomène.

 

L’IA pour combattre l’IA

Les techniciens de Deezer ont choisi de combattre le feu par le feu en créant eux-mêmes une solution pour nettoyer leur serveur. Le système développé en 2025 est devenu si performant que la compagnie a créé une licence afin de permettre aux autres plateformes musicales de repérer la musique produite par l’IA. Le modèle créé par Deezer a permis d’identifier 13,4 millions de chansons générées par l’IA dans ses serveurs.

« On était très rassuré de voir que la technologie est extrêmement fiable. C’est d’ailleurs la seule a avoir été testée à grande échelle. On veut maintenant faire participer l’industrie. C’est pourquoi nous avons décidé de la distribuer. On espère que ça va aider à faire bouger les choses rapidement. » – Alexis Lanternier

Les pièces artificielles identifiées par l’outil sont ensuite retirées des recommandations d’algorithmes et démonétisées. L’art conçu par l’IA n’est cependant par effacé du catalogue offert par Deezer. « Il y a beaucoup de ces chansons qui sont de très bonne qualité et que nos utilisateurs veulent écouter, mais c’est important pour nous d’être transparents et de les identifier comme IA, » explique le PDG de la compagnie en entrevue à TVA Nouvelles.

Aussi étonnant que ça puisse paraître, Deezer s’est aperçu qu’il était le seul service de musique en ligne à s’être armé pour mener la guerre à la production frauduleuse de contenu. C’est du moins le cas de plusieurs concurrents comme Apple Music, Spotify et Tidal.

L’avancée technologique de Deezer arrive à point alors que le marché musical de l’IA devrait exploser d’ici 2034 selon MarketUS. Le marché évalué à 6,67 milliards de dollars US devrait atteindre plus de 60 milliards US en 2034.

Analyse

La position stratégique de Deezer m’étonne dans un contexte où les géants du web peinent à faire preuve d’autorégulation. La compagnie française ne prend pas seulement le parti du droit d’auteur, elle innove et investi pour défendre les artistes de partout dans le monde. Cette position stratégique fait en sorte que Deezer n’est plus seulement qu’un diffuseur, mais aussi un régulateur de contenu. Cette position éthique sur le respect du droit d’auteur pourrait s’avérer payante à long terme pour la compagnie française.

En rendant disponible sa solution à l’ensemble de l’industrie, Deezer force aussi les autres acteurs à prendre position. Il n’y a plus d’excuses possibles! En plus, de l’aveu même du PDG Alexis Lanternier, les morceaux générés par l’IA sont souvent de « mauvaise qualité et misent sur des mécanismes de fraude pour faire des revenus ». Nous aborderons cet aspect sous l’angle québécois un peu plus tard.

Je vois aussi un parallèle à faire entre l’inaction des géants de la musique comme Apple Music et Spotify et la gestion de contenu déficiente des réseaux sociaux comme Meta ou X. Les technos américaines (et ailleurs dans le monde) se sont toujours montrées rébarbatives à règlementer le contenu diffusé sur leur plateforme. Chaque restriction risque de diluer le contenu privant ainsi les géants du numérique de revenus substantiels. Je ne suis donc pas surpris de voir dans un tel contexte l’inaction des compagnies numériques face aux déploiements de l’IA, même si elle contribue à réduire la qualité du contenu de leurs plateformes.

Une plateforme phare en contexte québécois?

L’initiative de Deezer m’apparaît encore plus importante lorsqu’on l’analyse dans le contexte québécois de la musique. Nos artistes se battent pour des miettes de redevances contre les monstres sacrés de la musique internationale sur l’ensemble des plateformes. La part du gâteau ira en diminuant si aucun effort n’est fait pour lutter contre ces faux artistes qui polluent l’environnement musical avec leurs « œuvres ».

Je suis d’ailleurs convaincu que plusieurs artistes québécois seraient prêts à endosser la plateforme Deezer en accord avec leur positionnement stratégique sur la protection du droit d’auteur. J’y vois même une opportunité marketing pour la compagnie française d’agrandir ses parts de marché en sol québécois alors que l’appétit pour l’achat local n’a jamais été si important en contexte de guerre commerciale avec les États-Unis. Alors que les géants du numérique investissent des milliards dans le développement de l’IA dans l’espoir d’améliorer leur productivité, Deezer se démarque en prenant le parti pris de l’humain. Cette attitude typiquement européenne devrait inspirer nos décideurs québécois qui sont encore à la recherche de solutions pour mettre en valeur et promouvoir notre culture dans un univers contrôlé par les géants américains.

Source: TVA Nouvelles

URL de la source: Plus de 60 000 chansons générées par l’IA sont déposées chaque jour sur Deezer

Date de la publication: 29/01/2026

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